dimanche 3 mai 2015

Les âmes troubles - Olivier Taveau

Les âmes troubles, premier roman d’Olivier Taveau a été récompensé par le prix du premier roman du festival de Beaune. A juste titre...

L’histoire est d’abord et avant tout autre chose une histoire policière qui tourne autour des crimes commis par un Serial Killer et des moyens de plus en plus lourds que la brigade de police chargée d’enquêter sur cette sordide affaire met en œuvre pour l’identifier et l’arrêter. Comme attendu en pareil cas, l’histoire se décline dans le registre de la recherche d’indices et de la traque. Le lecteur au fil des pages est emmené d’un crime à l’autre et dresse, lui aussi, la liste des suspects potentiels.

L’écriture d’Olivier Taveau est fluide, efficace et très vite, j’ai été embarquée par le rythme soutenu de l’histoire qui ne nous ménage pas en terme de rebondissements. J’étais à peine à la moitié du livre quand je me suis demandée, mais forcément c’est la fin, comment l’auteur va-t-il nous entrainer sur presque cent pages de plus ? Il fallait lui faire confiance, l’histoire ne s’est pas essoufflée, et nous a amené de territoires carbonisés aux espaces sauvages les plus glacés du Québec.


Mais je crois que ce qui m’a le plus marquée dans cette histoire c’est qu’elle s’enrichit d’une autre, plus métaphysique qui vient s’entremêler à la première. Très vite on se demande qui sont Loah, Virgile ou Paltine ? Quels rôles vont-ils jouer dans cette histoire ? Leur présence nous trouble, et fait que ce roman oscille entre réalisme et surnaturel. J’ai parfois pensé au fil des pages au réalisme magique. Souvent derrière cette appellation on pense à Gabriel García Márquez, mais on pourrait aussi évoquer d'autres auteurs de Marcel Aymé à Franz Kafka. Bref dans un monde tout ce qu'il y a de plus réaliste, de plus cru, l'onirique et le surnaturel viennent apporter une autre dimension. Cela fonctionne à merveille, et ce parti pris apporte une belle densité au roman. Il permet à l’auteur sans qu'on quitte pour autant le registre du roman policier, d'ouvrir d'autres portes. Grace à ces personnages, loin d’être anecdotiques, se joue au cœur même de l’enquête, une autre histoire. Une quête de sens, une réflexion sur le divin, distinct très clairement dans ce roman des dogmes religieux. Par ce jeu de tissage entre ces deux niveaux du récit, l’auteur nous amène l'air de rien vers de réflexions plus larges sur le pouvoir et l’impuissance, même des plus grands, face à ce qui les dépasse. Impuissance d’un homme face à son destin, impuissance des forces de police, malgré leur nombre et leur détermination face à un tueur fou et insaisissable, impuissance de la science à comprendre les maladies mentales et jusqu’aux forces surnaturelles impuissantes à changer le cours du destin. Au travers de cette histoire, l’auteur évoque également la solitude et le devoir souvent trop lourd que la vie nous amène à porter.  

C'est d'abord et avant tout un roman policier qu'on dévore, mais c'est aussi un peu plus que cela.

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